AKAI : Tuner PS200T
Renaud-juin 2009
Présentation succincte de la gamme
Au tout début des
années 1980, après une vingtaine d'années dans la production réussie de
magnétophones à bandes et d'appareils orientés "mid-fi", Akai a proposé
sur le marché sa série PS (pour PreStige) d'électronique à destination
des amateurs de Hifi haut de gamme. A ma connaissance cette sérié était
composée de quatre éléments :
- un préamplificateur PS-200C,
- un amplificatuer PS-120M donné pour 130w (information de Pascal L.)
- un amplificateur PS-200M donnés 200w
- le tuner Akai PS-200T, objet de notre attention !

Cette
gamme était disponible en finition noire ou argent, et la faible
diffusion couplée à la courte vie de commercialisation (avec un prix
relativement élevé) aura généré une certaine rareté des éléments sur le
marché de l'occasion.
Conçus dans un esprit haut de gamme, les
appareils de la série PS étaient réalisés avec des composants discrets,
sans circuits intégrés sur le trajet sonore des les amplificateurs et
le préamplificateur. Quelques commentaires techniques se rejoignent
pour dire qu'Akai tombait dans le même travers que Sony puisque le
travail sur les appareils a consisté à reconstruire le schéma des CI
avec des composants discrets, cela expliquant la multiplication des
semi-conducteurs dans les appareils !
Quoi qu'il en soit le
tuner utilise quantité de circuits intégrés pour proposer la
mémorisation des 15 stations AM ou FM, véritable tour de force à
l'époque, ainsi que la gestion des touches et les différents mode de
parcours de la FM.
Impossible de retrouver précisemment le prix
des appareils de l'époque. Pascal L. indique "7000 frs pour l'ensemble
(Ampli 120-M+préampli)(mais je n'ai pas le détail) acheté en 1981 à
Paris." Cela correspond à environ 2400€ en 2009 (en tenant compte de
l'inflation).
Pascal indique aussi :
Cet ensemble (
200-M+200-C) a été également élu "élu du mois" ds le magazine HIFI
conseils N°31 d'Octobre 1979. Ensemble également testé dans la revue
HIFI-Vidéo Magazine N°78 :
On y retrouve des prix :
PS-200C : 3790 Francs (environ 1500€ actualisés)
PS-200M : 8150 Francs (environ 3200€ actualisés)
Présentation du tuner

Le
bouton marche-arrêt de mon exemplaire est cassé, hélas. A sa droite,
l'afficheur des stations est très imposant et lisible, même pour un
myope installé à plusieurs mètres de distance, c'est véritablement
confortable et c'est MAGNIFIQUE !

A
gauche cinq grosses leds rouges affichent la qualité de réception du
signal, puis en dessous de ces leds trois autres informent du
multipath, du vérouillage sur la station et du décodage stéréo.
Les
commandes du tuner, à part le bouton marche-arrêt, sont toutes
accessibles par le biais de "boutons sensitifs" composés de deux
parties métalliques conductrices : le contact du doigt de l'utilisateur
permet de détecter une variation de capacité. Très amusant à l'époque,
mais sur mon modèle certaines touchent fonctionnent plus ou moins bien
: habitué au vieux Marantz, Pioneer et autres Sansui et Revox, je dois
admettre que j'apprécie une molette rotative avec l'inertie et le
toucher ainsi que les contacteurs classiques, faciles à nettoyer.
Chez
moi les boutons Wide / Narrow sont d'une grande utilité : la réception
de France Musique est meilleure en Narrow, alors que France Inter
préfère le mode Wide !
Le parcours de la bande FM s'effectue
selon plusieurs modes, et après un petit temps d'apprentissage l'on
parvient à apprécier le système. Quoiqu'il en soit, après avoir fait
joujou pour le plaisir de manipuler, l'on finira par utiliser les
stations pré-réglées : la bande FM est parsemée de stations
inécoutables. Sans discuter du contenu, en restant sur la forme, force
est de constater que le son est horriblement trafiqué. Ces stations
sont destinées à l'auto-radio et parfaitement vomitives sur une
installation hifi correcte. Tant sur le fond que sur la forme, je ne
parviens pas à être auditeur : Près du Palais des Papes, seules trois
ou quatre stations méritent l'attention : comment remplir la banque de
15 stations préréglées ? (Rhaaa, ça fait du bien)
Le dos de
l'appareil est plutôt fourni et l'on retrouve enfin quelques bons vieux
potentiomètres rotatifs : certains tuners n'ont pas le même nombre de
commandes en face avant que ce que propose le PS200T derrière !

Pourtant,
en matière de prise d'antenne, on reste sur sa faim : une prise AM et
une seule prise FM en coaxial ! Certes, chaque prise d'antenne est
associée à un contacteur Distant ou Local, mais dites, Monsieur Akai,
vous vouliez faire du haut de gamme, alors pourquoi mégoter pour une
prise FM supplémentaire ?

En
ce qui concerne la partie "Output" du tuner, on trouve pléthore de
gadgets : un bouton de seuil de muting, deux potentiomètres de niveau
de sortie, et deux paires de cinches, une pour le niveau variable, une
pour le niveau de sortie fixe.

Sur
la photo ci-dessus on apperçoit une trappe masque le compartiment piles
qui permet de maintenir la mémoire des stations : lors d'un achat
d'occasion il est impératif de vérifier que les piles ne sont pas en
train de couler et répandre dans le tuner des liquides corrosifs ! Ci
dessous une photo de l'appareil avec sa trappe ouverte :

Dans la peau de John Malkovitch
Rémi :
La
photo de l'intérieur est peu banale car on sera surpris par la taille
de cette grande carte en haut à gauche destinée à la gestion des
mémoires, sur laquelle sont présents 20 circuits intégrés ! En bas à
droite, la tête HF est blindée et positionné à l'opposé des circuits
numériques et du transformateur.
Les composants discrets, cela
se voit et cela tient de place ! Le tuner est d'une hauteur de 9cm,
ligne basse donc, d'une largeur standard de 44cm et d'une longueur
assez rare de 44cm : le poids est vraiment imposant pour un tuner, et
l'on a affaire à un joli pavé ! L'appareil, une fois le capot enlevé,
est "plein comme un oeuf", il faut dire que la gestion des mémoires à
l'époque avait recours à de nombreux circuits ! Le boitier est partagé
en quatre parties pour permettre l'isolation de chaque sous ensemble.

En
haut a gauche, on trouve la carte processeur avec les mémoires et les
interfaces vers l'afficheur et les boutons de la face avant. Le
micro-contrôleur est un modèle avec prom masqué (fabriqué spécialement
pour Akai avec son logiciel).

la
carte IF est remarquable, si elle utilise le même chipset de circuits
intégré, leur mise en oeuvre avec un grand nombre de transistors est
l'indication d'un schéma sophistiqué. La réalisation fait appel a des
condensateurs de qualité, les filtres 10,7 Mhz que l'on aura pas besoin
de changer, l'appareil permet déja la sélection "narrow" ou "wide". Pas
de "cage" mais des varicaps pour piloter tous les filtres de sélection
des stations. Le tuner est lui aussi équipe de ces varicaps. Mais alors
combien de cages ce tuner a-t-il ? Le nombre de cages est un raccourci
pour connaitre "la complexité des étages accordés". Il faudrait
disposer des schéma pour répondre à cette question.
Le tuner (boitier métallique en bas à droite) est repoussé dans un coin et inspire confiance.
L'alimentation
linéaire est banale mais bien réalisé , les transistors sont monté avec
des radiateurs gage de durabilité, les transistors en général souffrent
de la chaleur.

En guise de conclusion, je dirait c'est une électronique qui mérite la publicité.
Il
faut se replacer dans le contexte de l'époque pour comprendre que ce
tuner propose des spécificités hors normes chez les constructeurs
Japonais : la mémorisation des 15 stations, les touches "digitales",
son interface particulière et opérationnelle ; autant de points qui
sortaient de l'ordinaire et marquaient la différence. Et d'un point de
vue des mesures, à sa sortie le PS-200T propose des résultat excellents.
Ecoute
Le
PS-200T a fonctionné sur la chaîne du bureau pendant quelques semaines,
avant d'intégrer la pièce d'écoute pour être associé aux éléments
habituels : préamplificateur Audio Research SP14, différents amplis à
tubes et transistors, et les enceintes Wilson Audio. Les amplificateurs
"numériques" n'ont pas pu être utilisés à cause des perturbations
générées sur la réception du tuner, et les différents lecteurs de CD et
convertisseurs ont du être arrêtés : il ne s'agit pas d'un
dysfonctionnement propre au PS-200T, j'impute cela sur le fait que les
appareils de l'époque ne se marient pas forcément avec les rayonnements
des appareils modernes, comme il est aisé de le constater sur la
plupart des tuners vintages essayés.
Lors de l'installation dans
la pièce d'écoute, les premières secondes ont été "surprenantes" :
mauvaises restitution, des chuintantes horribles sur la voix d'Arièle
Butaux. Il a fallu rechercher un moment la meilleure position de
l'antenne. Contrairement aux autres tuners à ma disposition, le PS-200T
dispose d'une seule entrée antenne dans le format coaxial (impossible
de faire des essais avec deux antennes !) et la qualité de restitution
est vraiment tributaire d'un niveau de réception correct. En plus de la
bonne position de l'antenne, les différents réglages de largeur de
bande - Wide / Narrow - permettent de trouver la meilleure réception
pour la station sélectionnée et la différence est énorme.
De
part sa présentation et son positionnement, le PS-200T promet une
écoute de haut niveau. Toutefois il faut convenir (je me répète) que la
question de l'antenne est cruciale, certainement davantage que nombre
d'autres tuners en ma possession. Et la question de l'antenne est à
compléter par les réglages de réception sur le tuner ! Voila de quoi
s'occuper quelques minutes !
Passé le stress des réglages,
l'écoute s'est déroulée - quelle chance - sur un excellent programme en
direct de France Musique : "Un mardi idéal" présenté par Arièle Butaux
en direct du studio 105. Ce soir là, formation de Jazz au programme (en
avant pour un copier-coller) : "Babx"n une formation composée ainsi :
piano et guitare acoustique / Gregory Dargent, guitare électrique
banjo, teremine / Antoine Mongaudon, guitare électrique, guitare
acoustique / Sebastien Gastine, basse et contre basse / Frederic Jean,
batterie et Percussion.
Sur ce programme le volume du studio
était rendu en trois dimensions et la restitution regorgeait de vie et
de détails. L'écoute donnait un sentiment de proximité avec l'événement
que seule la (bonne) radio peut proposer : en fermant les yeux on
pouvait se croire transporté au studio Charles Trenet, assis à
proximité des musiciens. Le léger souffle (seulement trois diodes sur
cinq allumées sur l'indicateur de réception) perceptible avec l'oreille
près des tweeters avait disparu à quatre mètres des enceintes. La
restitution de qualité donnait un sentiment de satisfaction avec
l'impression d'écouter un bon tuner, sans comparaison avec l'écoute
initiale sur la chaîne du bureau !
Le programme suivant de Radio
France proposait une formation classique interprétant de la musique
contemporaine enregistrée sur CD. Encore une fois, le tuner s'est
révélé conforme aux attentes en proposant un bel étagement en
profondeur des différents pupitres, et ce qu'il faut de distinction
pour faire partie de la "race" des bons tuners.
Aujourd'hui
Pour
le collectionneur voulant compléter sa série Akai PS la vie n'est pas
facile. Si l'on trouve encore quelques modèles d'amplificateurs et
préamplificateurs, le tuner quand à lui est une pièce extrêmement rare.
Le collectionneur fortuné pourra néanmoins acquérir l'ensemble (avec le
200M) pour la bagatelle de 2400€ sur ce site :
http://www.vintage-audio.com.ua/en/cat/467/2558.html
Quelques liens
Merci
à Pascal L. pour son aide dans la rédaction de cet article et les multiples précisions... Et bien
entendu merci à Rémi pour son aide, ses conseils et son soutien.