Et l’homme s’éveilla au « Vintage
»
Ecoutez ! Vous ne m’écoutez pas…
La diffusion et la vulgarisation de la
haute-fidélité se sont manifestées par la mise sur le marché d’un
nombre spectaculaire de maillons audio. Contrairement à ce que l’on
pourrait penser, cette « popularisation » n’a pas rendu formellement
plus facile la constitution d’une chaîne équilibrée. Si la presse
spécialisée s’est rendue omniprésente et nécessaire dans ce processus,
ses exigences en matière de sélection sur critères techniques et «
subjectifs » sous formes de « bancs d’essais » n’ont pas pour autant
endigué la nouvelle expression de l’industrialisation. Bien au
contraire - mais ce n’est pas un mal - elle y a largement contribué.
Avec l'appui des salons, qui ont pour
objet principal de présenter les nouveaux produits chaque année, et
l’augmentation du nombre d’enseignes dont la philosophie oscille entre
« Vente de gros avec les plus grand stocks disponibles » (…) et vente
confidentielle d’appareils soit artisanaux soit de très haut de gamme
(…), le choix d’une chaîne est devenu encore plus difficile que le
choix d’une robe de mariée, d’une maison, d’une voiture, d’un jean ou
d’un papier peint !
Bien sûr, les magazines sont présents pour
vous aider à choisir parmi les hits parades des meilleurs articles du
mois. Soyez (r) assurés, Théories et Techniques seront toujours là pour
vous justifier que les maillons vendus en boutique sont de la « vraie »
haute-fidélité par rapport à ceux d’en face. Aussi, tous ne s’acharnent
pas à dénigrer, fort heureusement, une concurrence qui s’est dotée
elle-même ses arguments. Il n’empêche que se sont tissées de nombreuses
conceptions de la retranscription musicale, de nombreuses « écoles »
pourrait-on dire, comme les partisans du haut rendement, face aux
défenseurs des enceintes bas rendement… les amoureux du tube face à
leurs détracteurs qui ne jurent que par les semi-conducteurs…
D’autres adoptent des positions médianes
et prétendent mettre une bonne fois pour toutes, tout le monde
d’accord, en conjuguant les technologies dans ce qu’elles ont de
meilleur. Mais comment s’y retrouver ?
Welcome to the jungle !
Au manque de repères, s’est substitué un
excès absolu de repères :
L’auteur de ces lignes a recensé à l’aide
d’Internet… pas moins de 494 marques distribuées en France !
Parmi ces sociétés, et dans cette jungle
de « Locataires » de nos racks, qui a pour noble mérite de faire vivre
et mettre à l’épreuve de véritables défis technologiques ainsi que
commerciaux, de nombreuses compétences, certaines, peu nombreuses, ont
acquis leur lettres de noblesse dans les années 60-70. Des marques
comme MAC INTOSH MARANTZ SANSUI LUXMAN SHERWOOD SCOTT TECHNICS KENWOOD
DENON PIONEER CABASSE JBL ONKYO SONY AUDIO RESEARCH HARMAN KARDON, ont
marqué l’Histoire de la Haute-fidélité d’un sceau prestigieux : celui
de Maîtres du Vintage!
La nostalgie, camarade.
Le "Vintage", nous disent les
dictionnaires, qualificatif emprunté au registre vinicole, œnologique,
est couramment utilisé pour mettre en évidence le meilleur "millésime"
dans un style donné, une langue donnée, au cours d'une période donnée.
Le monde de la Haute – fidélité, pour notre grand ravissement, n’y
échappe pas ! C’est même au point de devenir un marché, une économie à
part entière qu’il voit monter ce phénomène.
L’Age d’or
L’Age d’or décrit par ce vocable
débuterait à l’aube de la stéréophonie avec pour années triomphantes
les années 70. Cette époque aussi riche que brève s’est soldée par
l’ère nouvelle des années 80, guidée par des notions, enjeux et
conceptions marketing voire de comptabilité de gestion, en rupture
totale avec les critères « Qualité » communs à la plupart des
productions que le monde de la Hifi s’était efforcé de donner.
Fétichistes du plastique, ou autre malléable olé-olé, s’abstenir !
Amoureux de l’Authenticité, bienvenue !
Comment et pourquoi certains passionnés de
musique se mettent tant à vénérer les vieilles électroniques ? De
quelles électroniques s’agit-il particulièrement ? Leur passion a
t’elle une logique précise, constante et rigoureuse, ou est-elle à
l’image des objets qu’ils vénèrent, une expression parmi
d’autres de la nostalgie?
Ces amateurs où les finances n’entrent que
peu en ligne de compte, sont toujours un peu chineurs et comptent
aussi, pour certains, parmi les musiciens. Et c’est souvent à juste
titre qu’ils se permettent de désavouer, bouder la grande majorité des
appareils du marché. Il les ignorent intentionnellement, précisément
que parce qu’ils trouvent en la majorité des dites vieilleries, ce, à
moindre coût, les secrets et fruits les plus ultimes et enclins à
reproduire les émotions. Ce vintage finira t-il par faire de l’ombre
aux appareils dits de très haut de gamme - inaccessibles pour la
plupart – qu’eux seuls avaient pour vocation de fomenter ?
Autant de questions qui se verront
reformulées examinées et satisfaites au fil des articles qui rythment
déjà régulièrement The Vintage Corner. A moins que la meilleure des
réponses ne soit de transformer, substituer, « réifier » directement
vos questions métaphysiques dans votre salon ! Sous forme d’amplis, de
tuners, de platines, ou encore d’enceintes estampillées Quad, Sansui,
Marantz ! Sourire jusqu’aux oreilles toutes dents dehors et yeux
brillants des enfants heureux… bien entendu !
Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
A l’ère d’Internet d’où jaillit
une diversité malheureusement trop souvent remplie de néant,
vous en conviendrez, les forums sont le théâtre d’expressions
et de rituels… contrastés, fantasques… fort curieux ! C’est bel et bien
sur l’un de ses innombrables forums, (comme toujours sursaturés
d’opinions pénétrées d’ego, de baves exutoires, d’écumes d’idées, de
sueur de neurones, de bouillonnements qui affectent les âmes et
communautés, associations ou ligues de toutes obédiences…) que
s’agitent à leur tour une bande d’amateurs bien complices.
C’est ici que la spontanéité moderne
emmène ce nouveau type d’énergumène dont la bonne humeur, les conseils
avisés et d’expérience, la logique, contaminent tous les jours plus
d’un audiophile !
« Bien faire et laisser dire »… Telle
pourrait se désigner la tonalité qui unit cette compagnie croissante
dont l’élégance reconnaît aussi à chacun la liberté de vivre ses
préférences. C’est sur ce fond de préférences collectives que se
dessinent les préférences personnelles, intimes. Chacun y conte
d’ailleurs les découvertes, installations et comptes-rendus de leurs
appareils de prédilection. Car, au delà des fonction d’ordre
pédagogique, le but ultime reste la contemplation la plus vivante
possible de la musique !
Muβ es sein ? Es muβ sein !
« La Musique... La Musique...
Où elle était la Musique ?
Dans les salons lustrés aux lustres vénérés ?
Dans les concerts secrets aux secrets crinolines ?
Dans les temps reculés aux reculs empaffés ?
Dans les palais conquis aux conquêtes câlines ?
C'est là qu'elle se pâme c'est là qu'elle se terre la Musique...
Nous c'est dans la rue qu'on la veut la Musique !
Et elle y viendra !
Et nous l'aurons la Musique ! » (Léo Ferré)
La musique comme langage, est une forme de
coordination entre les âmes. Certains anthropologues y voient aussi une
source avérée de maintien de la cohésion sociale. Ce qui intéresse
vivement les passionnés, c’est qu’elle provoque dans un groupe une joie
proportionnelle aux émotions ressenties :
Les neuroscientifiques s’accordent sur
l’idée d’une poussée d’endorphines favorisant cette harmonie au sein de
ce groupe. Loin de vouloir se scruter le nombril à la loupe, dans
l’espoir de voir le cheminement et la libération dans le corps de ces
opiacés naturels, il s’agit vous l’avez compris, de sélectionner des
électroniques, qui elles aussi agissent en véritables propulseurs des
récepteurs d’endorphines. Ces « ordinateurs de l’émotion musicale »
favorisent et ne sont conçues que pour le plaisir d’écouter
des musiques, choisies elles aussi si possible pour leur propension à
l’émotion esthétique !
Ce bonheur du mélomane appelé vulgairement
« musicalité » dans le langage audiophile… n’est-il pas devenu à son
tour un concept marketing ? Marketing dites-vous ? Cette démarche est
fondée sur l’étude scientifique des désirs du consommateur qui permet à
l’entreprise, tout en atteignant ses objectifs de rentabilité, d’offrir
à son marché-cible un produit ou un service adapté. Il en sera
certainement question aussi dans ce fabuleux univers musical, les
concepteurs l’ont depuis longtemps bien compris.
« Par rapport au « sonore » le musical représente un degré
d’organisation supérieur : le sonore constitue un matériau de base –
brute ou préformé – qui au sein du musical, se trouve repris, ordonné
et structuré en vue d’une finalité esthétique ». (F.Bayer)
Si le côté « Rétro » est souvent mis en
avant pour décrire la vogue Vintage, il ne faut pas négliger qu’il elle
le reflet d'une authenticité, que ce soit par la marque, les techniques
ou schémas, ainsi que par les composants employés. La finalité reste de
reproduire avec le maximum de fidélité, l’ordonnancement, la structure
des notes, mais aussi des harmoniques et couleurs de chaque instrument.
Coups de cœurs ou coup de gueules ? Vous
en rencontrerez. Vous ne trouverez par contre dans ces pages aucun
argus, aucun classement. D’ailleurs, à quoi servirait un classement des
ténors de l’amplification comme Mc Intosh, Marantz, Quad, qui
d’eux-mêmes traversent les décennies comme les meilleures productions
musicales traversent les siècles ?
Les Mozart et les Fürtwängler de la Hifi,
ont peut être aussi fait un peu d’ombre à d’autres marques : une
poignée de passionnés se réunissent encore pour animer des
conversations sur les moins connues mais non moins singulières sociétés
comme Merlaud, Radford, Jason, Fisher, Leak, Esart, Hi-tone, Filson…
Enfin, ces mêmes passionnés vous le
diront, l’expérience prime dans le choix de maillons audio : le cumul
d’écoutes aussi patientes que diversifiées finissent par s’élever à un
degré suffisamment haut pour savoir mettre en évidence les esthétiques
sonores proposées par les maillons concernés. Respect des timbres –
dynamique ; images stéréo-/ suivi mélodique…
Plutôt que de se lancer dans des
classements ni exhaustifs ni probants, le TVC se propose de découvrir
ces œuvres du Vintage au fil des jours.
L’ultime question que nous nous poserons
aujourd’hui : Les concepteurs de ces marques, pensaient-ils au
renouvellement de leur gamme avant même que leurs électroniques aient
entamé leur cycle de vie ? Vous avez déjà la réponse.
Grâce à ces admirables ingénieurs,
perpétuons la vie de ces appareils… qui ne sont pas prêts de décliner !
Et laissons Le temps du plastique…pour
redécouvrir une authenticité vite oubliée.
Certains l’ont d’ailleurs compris : les allusions au passé font
désormais partie du paysage marketing… comme la réapparition des
boutons d’accords sur les tuners : la fameuse, l’unique large molette
horizontale que l’on trouvait sur les prestigieux tuners Marantz dans
les années 70. Cette commande baptisée « Gyro Touch Tuning » (et non
pas… The Tuning Touch !), animait la course d’une aiguille mobile
encastrée dans une loupe du plus bel effet dont le mouvement balayait
un cadran bleuté. Parfois, il était complété d’un oscilloscope intégré
à la face avant des récepteurs FM.
L’on ne reculait devant rien… à cette
époque !
(Ce texte est modestement offert aux lecteurs,
rédacteurs passionnés et assidus du site The Vintage Corner,
du Topic des Techniques abandonnées et Appareils de légende, ainsi qu’à
ceux qui m’ont éduqué à la grande musique dans un environnement
technologique favorable, sans lesquels l’auteur n’aurait peut-être pas
eu le plaisir de le rédiger. A la mémoire de ceux qui auraient « mieux
fait » de me lire, à mon chômage, aux poètes de la mistoufle à la
grandeur négligée ! A la mémoire de mes oublis, et à, l’unique « esprit
» féminin qui a conservé son numéro de téléphone)
JD 30 Janvier 2008