Kenwood - Lecteur DP-1100SG
Bonus : DataSheet PCM56P - 30 novembre 2007 : après des mois de recherche, j'ai trouvé le Service Manual !

Introduction
A la fin des années 40 CBS propose le disque 33 tours.
Jusqu'au années 80, avec le tuner, la platine disque était la reine des
sources pour écouter la musique.
Au tout début des années 80, je me souviens d'avoir lu un
article sur un appareil extraordinaire (dans la Revue Du Son, qui aura
vraiment marqué son époque) de la marque Sony permettant de transformer
en magnétophone numérique un magnétoscope. Attention, numérique en vue !
Pour le développement du CD, les coûts étaient tellement
exorbitant que Sony et Philips s'associèrent pour pouvoir financer le
projet, en se partageant les mérites : l'un serait l'inventeur, l'autre
le créateur. Initialement, Philips voulait se contenter de 14 bits à 44KHz, mais
Sony exigea un encodage en 16 bits car la qualité en 14 bits était
jugée insuffisante. La durée maximum du programme musical sur le support fut fixée à 74 minutes, car le
directeur de Sony voulait absolument que sa symphonie préférée puisse
tenir en entier sur le nouveau support. Lors d'une réunion de
présentation un énorme dossier relié en rouge et décrivant les
spécifications du produit fut présenté : The Red Book !
Les premières platines CD sortirent en 1982, et la diffusion
réelle date de 1983 en France. En ces temps reculé
l'informatique coûtait fort cher et la capacité de traitement était peu
élevée. Pour compenser les difficultés de lecture, de traitement du
signal et de correction d'erreur, la mécanique de la première
génération des platines était exceptionnelle et les produits mis sur le
marché affichaient un prix rédhibitoire.
Un discours très entendu à l'époque était le suivant : le son
numérique étant parfait, la différence de coût pourrait être justifiée
par l'aspect, la présentation, les fonctions disponibles. De leur côté
les audiophiles ne partageaient pas tous l'idée de "son parfait"...
Les premières platines étaient loin de pouvoir rivaliser avec les gros
bras de l'analogique. Certes, les spécifications étaient flatteuses,
mais la proposition sonore n'était pas en rapport : le son semblait
artificiel, détimbré, distordu... Sans compter que les mesures étaient
produites par les promoteurs du système, qui avaient mis au point le
protocole : ils n'allaient tout de même pas se tirer une balle dans le
pieds !
En
France, au moment de la sortie des lecteurs CD, M. Guy Marec dans
l'Audiophile n°28 de 1982 montait au créneau pour avertir les
audiophiles avec un article dont le titre donnait le ton "Digital
Attention Danger" : les spécifications techniques - 16bits 44KHz -
figeaient dans le temps la qualité de restitution, jugée alors
insuffisante. Ce dont M. Marec ne pouvait se douter à l'époque, c'est
que les platines entendues en 1982 ne préfiguraient en rien le résultat
que l'on atteindra 20 années plus tard, par l'intermédiaire des
convertisseurs dopés aux progrès de capacité de traitement informatique.
Hélas,
les premières années de production donnèrent raison à M. Marec. Assez
rapidement les questions de suivi de piste furent résolues par
l'informatique embarquée, les systèmes de correction d'erreur, et adieu
les belles pièces mécaniques du début : bonjour les platines moins
chères tout en plastique.
Le côté positif de la réduction des
coûts fut de permettre la grande diffusion des lecteurs et des disques
CDA. Certes le plus grand nombre accédait à la technologie numérique,
mais la qualité promise n'était pas vraiment au rendez-vous. Un autre
petit mensonge (le premier étant celui de la qualité parfaite) allait
être mis en évidence : les disques, malgré les promesses, n'étaient pas
les meilleurs ! Pour promouvoir le format numérique, de nombreux
éditeurs indiquaient par trois lettres le type d'enregistrement, le
type de mixage, et le type du support. Un disque enregistré en
numérique, mixé en numérique, puis diffusé sur CD audio avait droit à
ces trois lettres DDD, pour indiquer que tout était réalisé dans le
domaine digital, et en faire la promotion. Hélas, les oreilles
attentives eurent tôt fait de s'apercevoir que DDD n'était synonyme de
qualité !
Ce n'est qu'après plusieurs années de présence sur le
marché que les constructeurs commencèrent à revoir les copies, à
s'intéresser aux différentes questions propres au numérique - et que
l'on découvrait petit à petit : l'influence de la mécanique sur la
lecture, la sensibilité au rayonnement des étages numériques,
l'avantage à l'écoute des convertisseurs triés (comme quoi !), ainsi
que les problème d'horloge générant du jitter. Certaines machines de
démonstration permettaient de "quantifier" le jitter, et d'offrir des
comparaisons
instantanées avec circuit de correction On/Off.
Comme quoi, cinq ans après la sortie, on se retrouvait bien loin du
postulat de base indiquant que du point de vue sonore, toutes les
platines seraient équivalentes !
Kenwood DP-1100SG
En
1988 que Kenwood proposa sur le marché un platine "révolutionnaire" :
enfin un lecteur CD "écoutable" aux oreilles des audiophiles ! Avec la
Kenwood DP-1100 SG la partie mécanique était à nouveau remise à
l'honneur, et le traitement numérique
suffisamment sophistiqué pour en faire la référence du moment, avec un
prix
encore accessible (un peu moins de 7000 F à l'époque).

Kenwood
intégrait dans la même platine la plupart des améliorations que les
différents constructeurs proposaient chacun de leur côté :
- un
traitement mécanique très sophistiqué permettant à la platine de peser
"virtuellement" 300Kg en terme de résistance aux vibrations externes
- la prise en compte des questions de jitter avec une horloge découplée mécaniquement et circuit spécifique DPAC
- l'utilisation de DAC trié PCM56P de type K
- un suréchantillonage quadruple - le fin du fin à l'époque - afin d'utiliser un filtre simplifié dans les étages de sorties
- une conception multicartes avec traitement numérique / analogique séparé
- deux
transformateurs très spécifiques à faible rayonnement, un pour le
numérique, un pour l'analogique, avec petit filtrage d'alimentation
intégré
- un système spécifique d'asservissement
- et,
petite cerise sur le gâteau, un niveau de sortie réglable dans le
domaine analogique (par potard à moteur télécommandés), plutôt que par
suppression des bits dans le signal numérique
Une
fort belle platine - dans les standards de l'époque et de la marque -
et de bien beaux efforts, et pourtant les esprits chagrins regretterons
deux points :
- la qualité de certains composants des étages de sorties n'est pas au niveau du reste du lecteur
- hélas
l'utilisation avec un convertisseur externe fait perdre une partie des
avantages provenant des soins relatifs à l'horloge et aux circuits
spécifiques anti-jitter.
Cependant, cette platine
amorçait vraiment une tendance lourde : la prise en considération des
questions générées par le numérique. La qualité (relative, mais
exceptionnelle pour l'époque) de la Kenwood DP- 1100SG était telle, que
lors de sa sortie, la revue L'Audiophile (la "bible" de
l'époque) d'octobre 1988 la consacrait avec ses Muses d'Or, une
distinction accordée seulement à six appareils par an.
Burr Brown PCM56P type K
Ces
circuits de conversion représentaient à l'époque l'état de l'art de la
conversion numérique / digitale. Le circuit est conçu pour présenter
une bonne stabilité des performances indépendemment de la température.
Il doit être parfaitement alimenté, et pour obtenir la meilleure
précision possible des capacités de découplage de l'alimentation
doivent être ajoutée près du convertisseur. En option, le convertisseur
peut être utilisé avec un circuit de correction du MSB (Most
Significant Bit) - ce qui est le cas dans le Kenwood - en respectant
scrupuleusement certaines contraintes pour éviter le champ magnétique
d'autres composant qui pourraient influer sur la conversion, et donc la
qualité sonore.
Quand on lit la DataSheet de ce composant, on
s'aperçoit que la conversion n'est pas un processus trivial. De
nombreux paramètres influencent la qualité de la conversion. Citons par
exemple :
- l'alimentation du circuit (découplée ou non, avec tel ou telle valeur de composant, tel ou tel type de composant)
- la température : les performances sont optimales pour 25°c
- le
circuit optionnel de contrôle du MSB, qui doit être installé tout
contre le convertisseur pour éviter de "capter" le rayonnement
environant
- ...
Aujourd'hui
Une
Kenwood 1100SG est toujours un bel objet : le boîtier est vraiment
volumineux, aussi gros qu'un Marantz 2238B par exemple, et le poids de
la platine (environ 14 kg) est surprenant lorsque l'on tente
de la déplacer. L'ergonomie change -en bien mieux - de certains
lecteurs ésotériques de haut de gamme actuels. La face avant propose
nombre de fonctions aisément utilisable, la télécommande est complète,
et l'appareil offre toutes les sorties souhaitables : niveaux de sortie
fixe et variable, numérique sur optique et cinch.
L'écoute
J'avais
acquis cette platine au moment de sa sortie, le prix raisonnable en
faisait vraiment une affaire à ne pas manquer. Elle enfonçait
littéralement ma Marantz de milieu de gamme acheté quelques mois plus
tôt, sur les conseils de la NRDS. Je trouvais mon Marantz agressif au
possible et les timbres ne me plaisaient pas. La Kenwood arrivait à
point nommé, je l'ai conservée une année ou deux, puis ensuite
connectée à un convertisseur externe, et enfin revendue pour du
matériel bien supérieur.
Le miracle d'ebay, c'est que j'ai
cherché une Kenwood 1100SG pendant des mois, jusqu'à ce qu'un jour
l'offre survienne. A ma grande surprise, je fut le seul enchérisseur !
Certes le prix était un poil élevé par rapport à des machines plus
cotées, mais je me disais que je venais d'acquérir une merde
supplémentaire, juste pour le plaisir du collectionneur, et pas celui
de mes oreilles. Et pourtant...
Sur la sortie cinch, connectée
au convertisseur Audio Synthesis, la Kenwood 1100SG décoiffe ! L'Audio
Synthesis est assez délicat : il n'aime pas les platines qui ont un
jitter élevé. Cela survient avec certaines platines haut de gamme très
renommées, sur lesquelles il ne vérouille pas du tout. Sur certaines
autres, il affiche un indicateur d'erreur mais accepte de convertir, en
général avec une perte de définition dans les aigus. Sur la Kenwood, à
part sur de mauvais disques CDR mal enregistrés et sales, le Kenwood
sort un signal propre, du moins du point de vue du convertisseur.
En
connectant le Kenwood au convertisseur, je redoutais un peu l'écoute.
Il y quelques semaines j'ai réalisé l'opération, avec une Marantz
pourtant plus récente et a priori de bon aloi, hélas pour des résultats
peu probants.
La première minute d'écoute, je fus plus que
rassuré. Le premier terme qui me vint à l'esprit, ce fut "huilé" ! Ceux
qui ont connu cette sensation comprendrons, par contre, pour les
autres, cela va être difficile à expliquer.
J'avais mis un
disque pour vérifier le fonctionnement de la platine, et je fus
tellement surpris par la retranscription que je l'écoutais en entier,
pour le plaisir d'entendre la proposition de la Kenwood : une grande
richesse de détails, des graves bien tendus, une dynamique surprenante,
un pouvoir analytique inattendu... Voila, je viens d'écouter un disque
en entier que d'habitude j'ai du mal à supporter.
Sur le disque
du Trio Soma "Tacha", la plage n°1 intitulée jack est retranscrite avec
moult détails : les cymbales ont toutes une hauteur différente,
beaucoup d'énergie, chaque instrument est très bien positionné, tout
passe avec une facilité déconcertante. Je ne suis pas loin de penser
qu'il faudra que je compare avec ma platine de référence pour être
certain qu'elle est toujours devant ! Est ce du au pouvoir analytique
du système qui a été augmentée par le mode biamplification, ou bien la
Kenwood qui vient d'être installée ? La proposition est différente,
moins analytique et sèche, mais mon Dieu que ça marche !
Nous
voila déjà sur la seconde plage : les cymbales sont toujours aussi
belles, et la contrebasse apparait avec une beau niveau dans le grave,
sans baver ni faire cinq mètres de large. Les quelques coups sur la
caisse claire transmettent de l'impact et la platine Kenwood montre une
belle dynamique ! Obnibulé par les détails, je viens juste de
m'apercevoir que la scène sonore est superbe. Allez, hop, la plage n°,
le sommet du disque. Rhaaaa, c'est bon...
Rokia Traoré, Album
"Wanita". Encore une fois, tout passe à la perfection : la lisibilité
est déconcertante. C'est peut être pour cela que ma première impression
était une métaphore à base d'huile : tout s'emboite parfaitement. Les
instruments africains ne sont pas faciles à retranscrire : ignare que
je suis, je n'en connais pas leur nom, mais les cordes sont riches
d'harmoniques, et ce truc là, cette percussion "pneumatique", elle
vient me frapper le sternum.
Mmm... Jacques Loussier et son Trio
pour une réinterprétation de Bach. Bon, voila, je viens de comparer
avec la RME installée sur mon PC, et je trouve la platine Kenwood est
meilleure. La définition est meilleure, il y a beaucoup plus de détails
sur les cymbales, le son parait plus propre. Un jour je trouverais bien
le temps de comparer avec ma platine de référence. Pour l'instant,
contentons nous de douter.
Le résultat global est plus que
positif : franchement, c'est une énorme surprise... Elle est belle,
elle est grosse, sa qualité de fabrication est exceptionnelle, et ses
qualités sonores sont époustouflantes. Il se peut que Kenwood n'en ait
pas vendu beaucoup. Il se peut qu'elles soient toutes tombées en panne.
Il se peut aussi que la faible présence sur la baie vienne du fait que
ceux qui l'ont... La gardent !
Les informations complémentaires de Thierry L.
DP1100-SG !
Ca
a ete un de mes 1er achat HIFI. A l'époque, j'etais etudiant (a l'INSA
de Rennes) et ce n'était pas rien. Depuis, plus de 20ans ont passé,
et... Le DP1100-SG est toujours là, même si je ne l'utilise plus trop,
car je suis passe à une solution à base d'un serveur NAS NETGEAR, relié
en WIFI à une squeezebox. (ndlr : quelle honte ;o)
N'empêche,
c'est le seul élément que je n'ai jamais revendu, donc je pense que la
réponse à votre interrogation : "Il se peut que Kenwood n'en ait
pas vendu beaucoup. Il se peut qu'elles soient toutes tombées en panne.
Il se peut aussi que la faible présence sur la baie vienne du fait que
ceux qui l'ont... La gardent " est clairement, la dernière option.
Sinon
d'un point de vue technique, il est a signaler qu'une particularité
majeure du DP1100-SG est la présence d'un circuit specifique Kenwood
devant les 2 convertisseurs PCM56K. (Sur vos photo : le circuit X-1
soudé de l'autre coté de la carte).
A ma connaissance, ce circuit à 2 fonctions :
1) reclocking :
Un anti-jitter avant l'heure.
C'est
du moins ce que clamait le marketing de l'époque, et la presence du
quartz mécaniquement amorti, au plus près du circuit semble le
confirmer.
En tout cas, le schéma , montre clairement que les
signaux digitaux et horloges arrivent dans ce circuit et en ressortent
en direction des PCM56K.
2) une possibilité de réglage de linéarite accrue du convertisseur :
Le
PCM56k possède d'origine un réglage du MSB , biensur present ici (sur
votre photo : potar en haut : MSB dist. adj.), mais le mysterieux
circuit Kenwood a aussi une sortie pour le 2ND MSB qui va vers un ampli
op à gain variable pour regler encore mieux la linéarite (sur vos photo
: potar bleu 2SB dist. adj.).
Avec l'age , il est utile de
refaire régulièrement ces réglages. Voici comment procéder avec le
Kenwood DP-1100SG, car il peut être bon de régler la linéarité des
convertisseurs.
Personnellement, voici comment je procède :
J'utilise un signal sinus a 1Khz a -60dbfs (donc très faible) gravé sur CD que je passe en boucle.
Après 2 méthodes :
1)
A l'oreille, écouter (attention au volume) le signal en tournant le potar de MSB.
Quand on distingue la distortion, on note la position .
On tourne alors dans l'autre sens jusqu'a réentendre la distorsion au même niveau.
Le mini se trouve au milieu de la position actuelle et de celle notée précedement.
Il peut être utile d'affiner en recommençant plusieurs fois ...
Ca fonctionne pas trop mal pour le MSB, pour le 2nd MSB c'est plus limite.
2)
On fait comme en 1, mais on a branche un analyseur de spectre en sortie (une carte son et un PC font l'affaire)
C'est evidement beaucoup plus precis. Attention lors des réglages à la latence de l'analyseur : il faut procéder
lentement et avec patience.
Les photos
Le Quartz "suspendu" sur un morceau de mousse, pour l'isoler mécaniquement :

Deux transformateurs séparés, ainsi qu'un petiti filtre :

Convertisseurs
PCM56P triés série K. Notez le circuit optionnel pour les
convertisseurs, installé tout contre chaque Burr Brown, permettant
d'ajuster le MSB (quel soin dans la conception !) :

Conception double carte, chacune alimentée par son transformateur. Notez la partie mécanique impressionnante :

Il ne manque rien :
