Marantz - Marantz CD94
Janvier 2010 - Renaud et Rémi
Sommaire
Marantz CD94

Introduction
Le
site de TVC propose la lecture d'articles sur de nombreux équipement,
mais il faut avouer de la part de votre serviteur un intérêt
particulier pour les électroniques Marantz,
surtout celles de la fin des années soixante-dix. D'un autre côté les
lecteurs de CD ne sont pas en reste sur le site et le sujet des
composants Philips, mécaniques
CDMxxx et autres convertisseurs TDA, est toujours abordé avec
gourmandise. Alors ne boudons pas notre plaisir à réaliser un article
sur un Marantz lecteur de CD !
Il se trouve qu'en 1987 Marantz
(propriété de Philips à partir de 1980) intègre dans un lecteur destiné
à représenter le haut de gamme de Marantz les composants de la maison
mère, tout en apportant un soin particulier à chaque détail de la
platine qui va devenir un best-seller puis sera ensuite déclinée à
l'envie (modèle "Limited", puis "MkII", puis convertisseur externe,
sans compter les versions... Philips !). Dans les années 80 les
produits Philips sont vendus dans les supermarchés, alors que les
produits Marantz partent sur les étalages de la FNAC et des vendeurs de
haute fidélité : Marantz est la marque de prestige de Philips.
Alors
que les platines précédentes de la marque de prestige conservaient de
nombreux "attributs" des cousines Philips, Marantz, tout en intégrant
les composants bien connus de la maison mère, proposait une appareil
haut de gamme différent et novateur.
Le CD94 était différent en
matière d'apparence, en matière de conception, ainsi qu'en matière de
prix ! L'équivalent de 1900€ de 2010 représentait à l'époque un prix
certes élevé mais raisonnable par rapport à la concurrence ésotérique /
audiophile. Il accueillait les "idées" de Ken Ishiwata - designer qui
aura consacré plus de vingt ans à la marque - et proposait une
fabrication japonaise dans une ancienne usine Marantz antérieure au
rachat par les hollandais.

Présentation
Le
lecteur présente un poids inhabituel, comptine mille fois entendue au
sujet du haut de gamme, mais nous y reviendrons de manière plus
détaillée lorsque l'on procédera à l'ouverture du capot. Moult
propriétaires se féliciterons des joues en bois laqué, que je
n'apprécie que modérément parce qu'ainsi le lecteur n'offre pas des
cotes standard, ce que je trouve pénible à la longue. Quoique la bonne
solution consiste à associer le CD94 au PM94... La présentation est
très sobre car le CD94 est un petit cachottier : l'ensemble des boutons
superflus est positionné sous une trappe situé en bas de la face avant
(voir le "Push Open" à gauche de la face avant). Lorsque cette trappe
est fermée, seule les commandes principales sont visibles.
Contrairement
aux afficheurs associés aux composants Philips habituels et dont on
avait fini par considérer qu'il s'agissait d'une norme imposée par
l'écosystème (les européens affichant le minimum avec des diodes vertes
épaisses et spartiates, les japonais habitués aux tableaux de bord des
fusées), contrairement disais-je, le Marantz propose enfin (hourra) en
1987 un large afficheur complet et lisible. Lorsque le lecteur est en
lecture, un bandeau éclairé de bleu surligne sur toute sa longueur la
touche Play, et lorsque l'appareil est en pause, c'est une couleur
jaune orangée qui vient coiffer la touche Pause.

Maintenant
voici le paragraphe destiné à parler du tiroir. Comment peut-on
consacrer une seule ligne au tiroir pourriez-vous vous indigner. C'est
que voyez-vous, il s'agit de l'interface, du point de contact entre vos
petits doigts qui déposent le disque chéri et lecteur. Cela est
important, car vous en avez donc un ressenti. Les condensateurs qui
filtrent l'alimentation, vous ne les voyez pas : la plupart des
utilisateurs les ignorent, mais le tiroir bon sang, le tiroir vous le
touchez, vous y déposez vos disques, vous le poussez : c'est important
! Le tiroir donc, sort très rapidement du lecteur. Il sort même trop
rapidement. Les ingénieurs de Marantz devaient être très fiers de leur
mécanique pour doter le tiroir d'une sortie aussi rapide. Regardez
comme on vous l'éjecte le tiroir ! Et bien c'est réussi : il ne sort
pas du boîtier, il en surgit. Je ne vous cache pas que les premières
fois je m'en suis senti agressé : hélas la consultation du service
manual ne permet pas de trouver l'éventuel chapitre "loader speed".
Dommage, un peu de douceur dans ce monde de brute aurait été bienvenue.

Ouvrir le Marantz
Une
fois que l'on a déposé les flancs en bois, on peut enlever le capot. Le
poids de cette pièce est plutôt important et un rectangle de matériau
amortissant est collé coté droit. Un système de tiges et de vis est
présent, certainement dans l'objectif de renforcer la rigidité.
En
regardant à l'intérieur, côté gauche on trouve, sous un cache, un
filtre "anti-RFI" suivi d'un transformateur de taille conséquente (le
CD94 est plutôt long et l'on ne se rend pas bien compte de la taille
sur la photo). Ensuite, superbement implémentée, se trouve la mécanique
Philips CDM1. Le palet presseur est magnétique et vient plaquer le
disque sur l'axe de la mécanique.
A gauche (heu, non, à droite
finalement) se trouvent les cartes électroniques avec les composants
Philips habituels ainsi que les condensateurs audiophiles ELNA. La
conversion est confiée à un seul TDA1541A et la carte contenant le
SA7220B est positionné contre le flanc droit de l'appareil. Contre le
flanc aussi, juste au dessus (sur la photo), se trouve la carte de
sortie SPDIF Toslink : un appareil fabriqué au Japon, même avec des
composants de base européenne, se devait de proposer la sortie à la
sauce japonaise ! On remarquera le radiateur situé à l'extérieur du
lecteur, signe de reconnaissance de ces appareils à base de Philips !

Une
vue détaillée du TDA1541A. A gauche (heu, non, l'autre gauche, oui à
droite en fait) la gestion du système FTS dont on se demande encore qui
a bien pu l'utiliser ?

La
carte du SAA7220P, curieusement installé contre le flanc. A l'extrême
gauche se trouve une petite carte supplémentaire pour la sortie SPDIF
Toslink

La carte est plus visible sur cette photo :

Regardons
les fesses de l'appareil. De gauche à droite (ou l'inverse, je ne sais
plus, retournez votre écran si nécessaire) l'on trouve :
- la sortie optique SPDIF
- la sortie RCA SPDIF
- les entrées sorties du système de télécommande (pfff...)
- les sorties analogiques gauche et droite
- le fameux radiateur
- les diverses étiquettes obligatoires (left / right / If you can read this return the unit / tinu eht nruter)
- le sélecteur de tension et la prise d'alimentation "Philips"

Et
jetons un coup d'oeil sous les jupes de la platine Marantz pour admirer
le superbe châssis moulé en fonte d'aluminium et les fesses de la CDM1 :

La CDM1
Après
la CDM0 utilisé dans les premiers lecteurs, Philips a mis au point la
CDM1 en utilisant des pièces en zinc moulées afin d'éliminer des
résonances vibratoires et en proposant une amélioration majeure dans la
précision de toutes ses composantes. La production de la CDM1 fut
initialement réservée aux usines belges. La première platine utilisant
cette mécanique fut la Marantz CD34 / Philips CD304 (plutôt onéreuse et
intégrant deux TDA1540 et le SAA7030). Petite digression pour indiquer
que la Philips CD304MkII est assez recherchée et s'appuie sur une CDM1
mais utilise un TDA1541, c'est à dire le DAC 16 bits.
Le succès
de la 34/304 fut tel que la firme fut obligée de créer une ligne de
production... Au Japon ! Il s'agissait de l'usine de Sagamihara, qui
produisit donc les CDM1 pour les lecteurs Marantz CD54 et 84 !
C'est
finalement une version révisée de la CDM1 qui fut installée dans les
Marantz CD94 et ses déclinaisons, en provenance de l'usine japonaise,
pour le lecteur fabriqué au Japon ! Je pense qu'il s'agit de la version
CDM1/10 mais je n'en suis pas certain.

Si l'on regarde la suspension de la CDM1 et que l'on compare par exemple avec la Micromega CDf1 digital,
on s'aperçoit que les choix d'isolation mécaniques sont différents.
Marantz à choisi d'utiliser une suspension à quatre silent-blocs (sur
la photo ci-dessous on en voit deux près du câble rouge) et de poser la
platine sur un châssis très épais en aluminium de 5,5kg ! Sur la
version Mk II il me semble qu'un travail supplémentaire est effectué
sur les pieds de l'appareil.

Tout
l'ensemble du tiroir de chargement est en acier, coulissant (trop
rapidement à mon goût) sur deux rails métalliques. On voit le petit
palet presseur magnétique sous lequel se cache un support disque de
diamètre supérieur aux autres lecteurs. Je suppose qu'il s'agit d'une
des modifications de la CDM1 pour le CD94.

Alimentation
Le
transformateur est d'une taille assez inhabituelle pour un lecteur de
CD (de 1987). Il est doté de trois enroulements indépendants attaquant
les circuits de régulation afin d'alimenter chacune des sections
mécanique, numérique et analogique.
Convertisseur
Au
risque de lasser le lecteur, précisons une fois encore l'historique des
convertisseurs Philips. Et puis, pardon pour cette réflexion
personnelle, mais puisque l'on parle de la perle de Marantz alors voila
bien le lieu pour rappeller quelques points de la petite histoire de
l'audio numérique !
En 1983 les premiers lecteurs Philips et
Marantz sont sortis avec un convertisseur 14 bits : pressé par Sony
(qui disposait de son DAC 16 bits, hélas monophonique !) de mettre sur
le marché les lecteurs, Philips n'avait pas le temps de concevoir et
mettre en place la fabrication et la livraison de DAC 16 bits. Pour
décoder les 16 bits du format audio, Philips va utiliser le
sur-échantillonnage. Le premier circuit intégré de conversion numérique
vers analogique de la maison de Hollande était le TDA1540.
Ensuite
est sorti le convertisseur TDA1541, un vrai convertisseur avec des
bouts entiers de 16 bits dedans, que Philips à continué à
sur-échantillonner (le plis était pris) et filtrer. Aujourd'hui la mode
des bricoleurs fous et autres marchands du temple de l'ésotérique est
de retrouver des vieux stocks de TDA1541 , de ne pas utiliser de
sur-échantillonnage (NOS pour Non Over Sampling) et de ne pas utiliser
de filtre numérique !
Durant la production des TDA1541, Philips
en mieux maitrisant le procédé de fabrication a amélioré les
performances et a "estampillé" les convertisseurs. En effet, constatant
des disparités sur les performances aux mesures des TDA1541 relevées
sur les chaines de fabrication, Philips avait mis en place un système
de tri.
Pour rappel le processus de fabrication du
convertisseur s'apparente à celui d'un processeur, avec la production
d'un wafer (d'une gauffre) contenant plusieurs dizaines de DAC, découpe
des circuits puis intégration de chaque circuit dans son support
individuel. Chez Philips le circuit du TDA1541 allait dans son support
en plastique à 28 pattes, le support DIL 28.
Les tolérances
d'alignement des masques pour fabriquer les circuit intégrés
produisaient des erreurs de linéarité dans la fonction de conversions
des DAC. Comme Philips ne pouvait pas corriger après coup ces erreurs,
un système automatique testait directement les DACs sur le wafer par
l'intermédiaire de 28 aiguilles : alimentation électrique et flux de
données audio étaitent fournis. Ce test binaire permettait de mesurer
la sortie analogique (oui/non), les circuits HS étaient marqués à la
peinture puis sortis de la chaine de fabrication.
Ensuite les
wafers étaient découpés et chaque circuit rejoignait son support
DIL-28. C'est à ce moment là qu'intervenait un autre contrôle par
l'intermédiaire d'une station de tests gérée par ordinateur. En
fonction des performances aux mesures les TDA1541 étaient classés en
trois catégories : TDA1541A, TDA1541R, TDA1541S1.
Plus tard
Philips resserra encore la sélection pour produire le TDA1541S2,
réservé aux machines très haut de gamme. Pour le "TDA1541" tout court,
je pense qu'il s'agit de la première version, sans tri sur la chaine de
fabrication.
Le TDA1541S1 est identifiable par la mention S1
ainsi que par la sérigraphie comportant une couronne (on les nomme
aussi C1 pour Crown 1) et les S2 sont des Double Crown ou deux
couronnes. Les différences aux mesures sont mesurées sur des critères
tels que le rapport signal / bruit, la distorsion harmonique totale
etc. La couronne est une référence à la monarchie du pays.
En
attendant par exemple un article sur un Marantz CD80 et des photos d'un
TDA1541S1, voici à quoi ressemble la petite couronne sur un vrai
TDA1541S1 :

Petit
avertissement : un marché de faux TDA1541S1 ou S2 s'est développé. A
partir de "vulgaires" TDA1541 des escrocs n'hésitent pas à ajouter une
sérigraphie pour faire passer leurs pièces pour des "top-dac" !
Les différentes versions du Marantz CD94
Le Marantz CD94 a été proposé à la fin 1986 au Japon et en 1987 dans le reste du monde.
- Les
tous premiers modèles disposaient du TDA1541, les modèles suivants du
TDA1541A. Les premiers modèles avaient une sorte de saloperie en
plastique collée sur la face du tiroir "z-filter blablabla".
- Limited : La version "champagne" est ensuite sortie portant la mention "Limited".
- Marantz
CD94 MkII : La vraie belle mise à jour est la version MkII contenant
deux TDA1541S1 (maintenant vous savez ce dont il s'agit), la
performante version triée du convertisseur au lieu d'un simple TDA1541A
! A noter que Marantz sortira le CDA94, un "préampli" numérique avec
l'étage de conversion du MkII et la gestion des entrées, ainsi qu'un
réglage de niveau de sortir et des sorties RCA + XLR (nommé Philips
DAC960 chez les cousins, identique à l'intérieur mais tout de même
moins beau).
- Marantz CD95 : Une évolution du CD94 avec deux DAC
TDA1541S1 et filtres numériques avec une grosse alimentation et une
mécanique CDM1 avec une optique en verre
- Philips CD960 : il
s'agit d'une machine totalement identique (à l'intérieur) au CD94 sauf
pour le convertisseur : de toutes les photos vues sur internet, je
toujours constaté la présence d'un TDA1541 au lieu du TDA1541A du
Marantz. Bien entendu l'extérieur est très cheap avec une avancée en
biais comme sur le CD473...
Drive
En tant que drive, le CD94 de Marantz est plus "normal" que les lecteurs Philips CD931
et CD951, ou le digramme de l'horloge commence par un quartz 11.2896
Mhz pris en charge le SAA7220 qui est aussi responsable de la sortie
SPDIF. Puis le signal "Clock" est distribué au décodeur SAA 7210 et aux
DAC 16 bits TDA1541. Dans le cadre d'un projet de mise a niveau avec
les modules TVC, tout le travail tourne autour du SAA7220. Pin 10, 11
pour l'horloge et Pin14 pour la sortie SPDIF. Sur la photo ci-dessous,
on voit le CD94 au dessus d'un DAX Audio Synthesis dont le prix est
sans aucune comparaison possible. Quand on possède un convertisseur de
haute volée, les lecteurs de CD avec leur petit TDA1541 sont ravalés au
statut de drive. Ne pas le faire serait une hérésie ! Mais modifier son
lecteur est un processus à effectuer avec intelligence et en
connaissance de cause.
Beaucoup de pages html existent pour
montrer la transformation d'un lecteur en drive, il n'est pas rare de
voir du travail et des moyens mal employés : mauvais choix du point
d'injection de la clock, impédance 75 mal contrôlée. Voici un exemple
de mauvaise intégration un Philips CD951 :

On
prend une horloge plutôt de bonne qualité qui a son propre régulateur,
mais le traitement du signal SPDIF après le transformateur plutôt
luxueux, on trimbale le signal SPDIF dans câble d'une dizaine de
centimètre : le résultat ne peut pas être bon, car après le
transformateur on devrait avoir un câble coaxial mais cela ne suffirait
pas: le raccord sur le fiche BNC ne peut être correct. De plus,
l'oscillateur n'est pas découplé mécaniquement ce qui préjudiciable au
bruit de phase donc du jitter. Sans ces précautions, le module bien
sous tous rapports sur le banc du mesure, devient très moyen si ce
n'est pas mauvais et il n'est pas garantit d'avoir d'un résultat
meilleur qu'avant.
Conclusion : il ne suffit pas d'acheter un
module dont le cout est supérieur à 300e pour transformer son lecteur
de CD en un formidable drive au dessous de tout soupçon.
Un exemple d'une bonne intégration : l'article sur le lecteur Philips CD931
. D'une part, le module SPDIF, prend le signal TTL sur la sortie 14 du
PCF2705 jusqu'au module SPDIF et est remis en forme avant le
transformateur SPDIF qui isole les masses et sort en 75 ohms. Entre le
transformateur, et la fiche BNC, l'impédance est de 75 ohms, ainsi le
signal sort parfaitement. Le module clock est monté sur de la
mousse afin d'isoler le quartz des vibrations du transformateur secteur
50 hz, et celles produites par la mécanique. Ceci dit, dans un lecteur
ces mêmes vibrations induisent du jitter et des machines comme les
Micromega sont mieux loties que d'autres.
Analyse des étages analogiques
Du
DAC, la sortie se fait par un courant 2 mA pour la pleine
échelle, la conversion courant vers une tension est réalisé par
un ampli op de type NE 5534. Le de-emphasis est réalisé durant le
conversion donc l'activation se fait par un transistor fet en tant
qu'interrupteur. Ensuite on trouve le filtre permettant de rejeter le
repliement du spectre ( effet de l'échantillonage => filtre anti
repliement). Ce filtre est suivi d'un buffer ( gain en tension de 1,
impédance d'entré élevée, impédance de sortie faible) . La sortie passe
par un condensateur d'une valeur de 100µF ce qui plutot dégradant. Même
pour un modèle haut de gamme de l'époque, Marantz a réalisé une petite
économie. Les dac de Micromega, quelques années plus tard, sont
nettement mieux réalisés, il faut dire Marantz a été économe en ampli
op. Pour éliminer la composante continue, au lieu d'un condensateur en
sortie, un DC servo est plus approprié, mais cela coute un AOP par voie
en plus. Est ce que Marantz testait le marché avec cette version ? En
tout cas la version MkII remettra les pendules à l'heure !
Ecoute rapide en tant que Drive
Il
faut bien garder à l'esprit que la platine date de 1987 et qu'elle
était initialement prévue pour être utilisée comme un lecteur complet,
c'est à dire écoutée "sur" son TDA1541A et ses circuits de sortie.
Inutile de perdre du temps dans cette configuration (comme le fait
remarquer Rémi quelques lignes plus bas), le lecteur est branché tout
de suite en tant que drive sur sa sortie coaxiale, mais sur l'interface
Genesis Digital Lens. Certains spécialistes de l'écoute (en général
comparative et en aveugle de MP3 - c'est à dire en aveugle et en sourd)
considèrent qu'il n'y a pas lieu d'attendre que l'appareil chauffe : je
ne partage pas cet avis et vous allez comprendre moins point de vue.
Lors de la mise sous tension l'erreur d'horloge se positionne à 8ppm,
ce qui en soit est un score excellent, digne d'un vrai haut de gamme.
Seulement voila, le Marantz CD94 fut le fleuron de Marantz, concocté
par l'ami Ken : hors de question d'être aussi mauvais ! Au bout d'une
heure on se retrouve à 5 ou 6ppm et après deux heures environ l'erreur
de l'horloge est à ZERO !
Commençons par les points positifs.
Sans modification, "dans son jus" (mais en utilisant le Genesis Digital
Lens pour l'interfacer avec le DAC) le Marantz propose une dynamique
assez spectaculaire, inattendue et très étonnante. Le registre grave
est rendu avec une belle énergie, les médiums sont bien timbrés, riches
en harmoniques, les "sons ont de la matière". Le Marantz donne beaucoup
d'informations sur les petits détails, globalement c'est un plaisir de
l'utiliser. Pour trouver quelque chose à redire, il faut écouter de
grande masses orchestrales. C'est alors que le Marantz semble
légèrement confus, moins à l'aise. Par contre, sur une formation jazz,
par exemple le disque de Patricia Barber Companion ou bien le
magnifique album du Trio Soma "Tacha" le Marantz CD94 est un régal, un
plaisir que l'on ne peut pas se refuser.
Lors de sa sortie en
1987 le CD94 a été considéré comme le meilleur lecteur jamais produit
par Marantz, d'un point de vue des qualités sonores. Plus de vingt
années se sont écoulées et force et de reconnaître que l'appareil
assume totalement son statut de sommet de gamme de l'époque, pour peu
que l'on prenne soin de traiter la sortie SPDIF, comme nous allons le
voir ci-dessous !
Mesure du signal SPDIF
Petite introduction
La
mesure du signal SPDIF parle d'elle même. Pour aider le lecteur à
comprendre "l'étendue des dégâts" nous proposons deux traces. La
première est celle du Marantz CD94, hélas assez significative des
appareils de l'époque. La seconde trace est celle d'un lecteur
quelconque, un Philips CD951 traité avec les modules de Rémi (clock +
SPDIF): temps de montée rapides, niveau de signal élevé, plateau "plat"
et symétrie...
Commentaires
On constate une forte
dissymétrie entre les fronts montants et descendants, c'est tout a fait
préjudiciable pour la qualité du transport. C'est une situation encore
pire que pour le Micromega CDF1 Pro. Pourtant le CD94 est l'état de
l'art en 1986 des ingénieurs Marantz ! Voila la preuve que la notion de
"transport d'information" n'était pas encore totalement acquise par les
bureaux d'études audio.
Encore une fois on peut apporter deux solutions afin de retrouver un signal SPDIF de qualité : utiliser un Genesis Digital Lens (appareil plus que rare en France) ou bien utiliser le module SPDIF de Rémi afin d'obtenir des signaux SPDIF de qualité nettement meilleure.
Il
faut bien prendre en compte que la qualité du signal SPDIF influe
terriblement sur la qualité sonore délivrée par le DAC. Sur un appareil
moderne comme l'Audio Synthesis DAX le signal, lorsqu'il est de
mauvaise qualité, n'est pas verrouillé ! Le convertisseur reste muet,
il faut utiliser un autre lecteur. Notons au passage que c'est le cas
des modèles haut de gamme de CEC dont la sortie SPDIF est trafiquée
volontairement par le constructeur. Sur un appareil tel que le Wadia X64
qui est très (trop) tolérant avec la qualité du signal SPDIF, alors un
signal très mauvais (temps de montée, dissymétrie, jitter...) impacte
de manière négative la proposition sonore. On peut donc avoir une
expérience négative avec le Wadia trop tolérant avec la qualité de la
source et en déduire faussement que le convertisseur est mauvais ! Sans
appareil de mesure, il est difficile de se faire une idée par soi-même,
mais considérez cette affirmation comme un théorème : "la qualité du
signal SPDIF produit par le drive détermine la qualité de la conversion
du DAC". Amen !
Améliorations ?
Utiliser
un convertisseur externe permet de tirer davantage de la Marantz CD94,
même si la sortie SPDIF fait bien pâle figure. Avec un signal aussi
mauvais l'adaptation au convertisseur n'est pas évidente et la
problématique des câbles numérique en RCA est à nouveau convoquée.
Il
faut tout de même "respecter les anciens" et se souvenir que le Marantz
CD94 a été commercialisé en 1986 au japon et que la conversion s'appuie
sur un vénérable TDA1541. Alors non, cette machine "dans son jus" ne
peut certes pas s'opposer frontalement aux machines modernes.
Pour
autant Eric, concepteur d'électroniques et spécialisé dans le domaine
du convertisseur indique les points qu'il a traité sur sa vénérable
platine :
Le CD 94 que j'utilis(ais) a pas mal été modifié :
- Ampli-op de sortie, les OPA604 ont remplacés les classiques 5534,
- capa autour du TDA1541 (capa standard remplacées par des polypropylènes),
- capa du filtre passe bas (idem),
- capa dans le CI du signal laser,
- diodes de redressement rapides,
- mise à la terre,
- Plaque de cuivre sur circuits intégrés,
- Prise tripolaire IEC...
Eric
n'indique pas dans sa liste que la platine est fixée sur une plaque de
granit d'environ 3 centimètres d'épaisseur ! Quoiqu'il en soit, l'ajout
d'un convertisseur, même l'antique Wadia 1000,
redonne un coup de jeunesse à cette belle mécanique. A noter que lors
de nos écoutes il y a déjà quelques années la qualité du câble
numérique faisait une énorme différence : le câble RCA qui venait d'un
usage vidéo (!) ne permettait pas d'entendre de différences entre le
CD94 et le Wadia, alors qu'un câble spécifique audio numérique
permettait enfin de "retrouver" le son du Wadia 1000 !
Conclusion
Faut-il
sauver le soldat Ryan ? Est-il raisonnable d'acheter une Marantz CD94
aujourd'hui ? Et Dieu dans tout ça ? Il ne se passe pas de jour sans
que l'on parle de dématerialisation. Alors quel intérêt aujourd'hui
d'acheter une CD94 : dépassée sur son convertisseur, sortie SPDIF "de
l'époque", quel intérêt ? Hé bien sous réserve de traiter la sortie
SPDIF la platine propose tout de même des points positifs :
à
condition d'apprécier le look, il faut reconnaitre que ce n'est pas "le
monde du plastique" comme chez les cousines Philips, la Marantz en
impose :
- un superbe châssis massif et bien lourd qui accueille...
- un belle mécanique Philips CDM1, vénérable mais désirable !
L'installation des modules TVC
(ne serait-ce que la sortie SPDIF) permettrait de donner un "coup de
jeune" à la bonne vieille platine, de moderniser ses performances et
donc de la sortir du placard pour chasser les nouveautés en plastique.
Bien entendu cette opération DHEA vaut pour la CD94 ainsi que toute la
branche de l'évolution des platines CD dépendante de l'ancêtre, soit
une bonne dizaine en tout.