MICROMEGA
- Convertisseur DUO BS
Introduction
Convertisseur Micromega Duo BS
On
trouve sur le ouaibe nombre de pages consacrées à Micromega, société
française créée par Daniel Schär. Certains sont très satisfaits des
produits, d'autres décrient sévèrement la marque. Quoiqu'il en soit,
les machines produites autour du pivot de l'année 1990 étaient pour la
plupart désirables, elles étaient l'objet de nombreux rêves
d'audiophiles ! On se souviendra du superbe système TRIO (muse d'or de
la revue L'Audiophile) composé de trois boites : un bloc
d'alimentation, un convertisseur et un drive, avec un qualité de
fabrication et une maitrise des composants hors norme dans les années
90, pour des résultats superbes ! Un peu avant, dans les années 80
Micromega produisait les lecteurs Micromega CD F1 et F1 Pro
si beaux et définissait une sorte de "standard" avec la platine à
couvercle en plexiglas, une sorte d'objet aux lignes intemporelles et
désirables.
En tant que témoin de nos sociétés industrialisés,
la Hifi aura connu de nombreuses mutations : Micromega n'aura pas
échappé à certaines d'entres elles et aura proposés ensuite des
produits parfois décriés. Néanmoins, sans refaire l'histoire de la
marque, on peut dire que les produits Micromega de la fin des années 80
et du début des années 90 étaient superbement construits, avec des
composants de grande qualité, un design attestant de la maitrise
technologique du constructeur et des résultats sonores à la hauteur.
Tour cela avec des prix raisonnables et réalistes sur le marché
français qui font regretter que la marque n'ait pas pu continuer dans
le même état d'esprit.
Petite digression historique : lorsque
Philips en 1983 a sorti ses premiers lecteurs de CD, persuadé
d'utiliser un format en 14 bits - alors que le CD est finalement sorti
en 16 bits - c'est un convertisseur 14 bits, le TDA1540, qui fut
utilisé avec l'astuce du sur-échantillonage pour décoder les 16 bits
imposés par Sony. Après quelques années, Philips sortait enfin un
convertisseur 16 bits : le TDA1541. A la fin des années 80, Philips
proposa des convertisseurs "bitstream" one bit, fonctionnant en x128
puis x256. La réception initiale du bitstream fut assez mitigée, et
peut être à juste titre pour les premiers produits. Facile à mettre en
œuvre, la conversion Bitstream faisait figure, lors de sa sortie, du
convertisseur du pauvre, du convertisseur bon marché par rapport aux
couteux vrais multibits de 18 bit et 20 bit (PCM63) que peu de
compagnies de semiconducteur possédait à l'époque le savoir faire, peu
regardant vis à vis de l'alimentation et pas très musical... Le procédé
bitstream a été décrié pour sa sensibilité au jitter, mais en 1991
Micromega obtenait les Muses d'Or de la revue L'Audiophile avec le
système TRIO utilisant le SAA7321 (composé de trois "boîtes" : une
alimentation, un convertisseur, un lecteur). En mettant en œuvre un
environnement adéquat, on pouvait tirer parti du nouveau convertisseur.
Le Convertisseur Micromega Duo BS
Cet
appareil a été commercialisé en 1990 pour 4000 F et utilisait la
technologie "BS" ou BitStream. Il fut présenté dans La Nouvelle Revue
Du Son n°143 de décembre 1990. Comparé à l'exemplaire décrit par la
NRDS, l'exemplaire présenté, datant de mai 1991, semble différent au
niveau du transformateur (marque et intégration dans le boitier) et
certainement aussi au niveau des étages de sortie.
D'après la
sérigraphie de la carte mère, l'exemplaire objet du test est une
version 2 (de la version 1 du convertisseur), quelque chose comme une
version 1.2 pour être exact, alors qu'une version "BS2" est sortie
après la "BS" tout court.
Il semble que l'historique des produits autour de 1990 soit le suivant :
- le convertisseur DUO à base de TDA1541 est sorti en1988
- le convertisseur DUO BS à base de Bitstream est sorti en 1990, suivi d'une version DUO BS2
- le DUO PRO est sorti en 1992
- le DUO PRO 2 est sorti en 1993
La boi-boite
Extérieur
- il s'agit d'un long parallélépipède de profilé de section carré, utilisé comme blindage (80*80*301, 1.5kg)
- une fois le capot déposé, on a affaire à une longue carte contenant tout l'électronique
- à
l'arrière on trouve deux entrées : une coaxiale "dorée" et une optique
de type Toslink, le format imposé par l'industrie japonaise aux
performances moindres
- à côté des entrées se trouvent les deux sorties gauche / droite sur prises RCA "dorées"
- l'interrupteur
est positionné à l'arrière du boîtier : puisque la consommation étant
négligeable, autant laisser le convertisseur sous tension
- la sélection / indicateur d'entrée est en façade
- la sélection / indicateur de phase est positionné à droite de la sélection d'entrée
A l'intérieur
- implantation
logique des composants, circuits de qualité professionnelle : les
sections numériques et analogiques sont séparées, les étages de sortie
sont placées près des prises de sorties et les circuits numériques sont
disposés à l'opposé, près des contacteurs de la face avant
- Alimentation
à partir d'un beau transformateur Shafner sur ce modèle de mai 1991 (la
version de 1990 présenté par la NRDS faisait état d'un transformateur
toroïdal de qualité de marque Holden et Fisher positionné de l'autre
côté de la carte) disposant de nombreux enroulements secondaires
- toutes
les alimentations sont régulées, spécifiques et parfaitement séparées,
jusqu'à l'alimentation symétrique des étages de sortie
- étages de sortie disposant de deux alimentations régulées par canal, une par rail d'alimentation
- étages
de sortie entièrement transistorisé avec montage à transistor à faible
bruit de fond (sur le modèle chroniqué par la NRDS, dixit le
chroniqueur), sans condensateurs sur le signal et fonctionnement en
pure classe A
- étages de sortie à haut niveau de sortie et faible impédance gage d'une bonne adaptation avec les préamplificateurs
- résistances à couches métallique de précision
Transformateur
en provenance de Suisse sur l'exemplaire de mai 1991, placé sur le
dessus de la carte. Schaffner est un constructeur de transformateur et
filtre secteur. Rémi utilise quasi exclusivement des filtres de cette
marque réputée.

Technologie
- Utilisation du SAA7321 de Philips
- convertisseur 1 bit 256 fois suréchantilloné intégrant le Noise Shaping et un premier étage analogique
- utilisation
d'un circuit à boucle de phase asservie PLL régénérant l'horloge
générale à partir de l'horloge qui cadence les données

Le
circuit de conversion SAA7321 bitstream (remarquez le logo bitstream,
présent en façade des lecteurs Philips utilisant cette technologie) est
soudé au dos de la carte

Vue du dos de la carte, le 220 volts est amené au transformateur, loin des étages analogiques

La carte de face
On
observe le classique DIR de Yamaha gros circuit 28 pattes amélioré par
une seconde PLL ( le circuit du bas des cinq DIP 16, le CD74HC4046 et
la capacité bleue et les 3 résistances de précision à coté). D'après la
littérature, cette disposition réduit grandement le jitter entrant par
le SPDIF. Quand aux condensateurs bleus situés prés de la sortie à
droite, sont des modèles de la meilleure qualité chez MKP.
L'étage
de sortie propose une faible impédance et une bonne capacité en
courant, gages d'une excellente adaptation avec les sections préamplis.
Les fesses de l'appareil

Le
compartiment fusible, le connecteur d'alimentation puis l'interrupteur,
et en dessous, de gauche à droite on trouve les deux RCA de sortie
analogique, le connecteur d'entrée optique Toslink, le connecteur
d'entrée en format coaxial.
Que peut-on améliorer ?
Comme
tout est bien fait, on peut conserver l'appareil dans l'état ! Un peu
de rétro-ingénierie sera présentée pour l'ensemble des DACs Micromega
dans les colonnes de TVC pour les lecteurs les plus avides d'utiliser
le fer à souder, en attendant lisez le CR d'écoute pour confirmer que
tel quel l'appareil est utilisable !
A l'usage
Les
deux entrées permettent d'utiliser une source de type CD avec sortie
coaxiale et une carte son de PC ou autre sur fibre optique. La
sélection s'opère en pressant la touche Input en face avant. Lorsque le
convertisseur verrouille sur l'entrée coaxiale, une diode verte est
allumée. Lorsque c'est l'entrée La touche Phase permet d'inverser
la phase absolue, ce qui permet de retrouver la phase lors de la prise
de son : utile sur certains disques, mais pour finir la flemme
l'emporte et cette touche ou son équivalent sur les autres
convertisseurs n'est jamais utilisée !
L'appareil a été aussi
utilisé avec une carte son USB Terratec Aureon Dual. Cette carte à 20€
propose une sortie optique, et je l'utilise avec un câble de liaison
optique bon marché d'une longueur de 5 mètres ! La carte propose, si
tant est que ce soit une proposition, une erreur d'environ 75ppm et
bien entendu certains DACs ne synchronisent pas (les plus modernes). Le
Micromega quand à lui est assez tolérant et verrouille sans soucis :
cela permet d'utiliser un PC en tant que source pour une somme ridicule
(20€) et de bénéficier du son de la chaîne pour les films ou la radio
internet. Attention toutefois, on plafonne au format CD, le DAC ne sort
pas un signal DTS sur plusieurs canaux.
Écoute
En
1990, et conformément à son habitude diront les mauvaises langues, la
Nouvelle Revue Du Son sortait le dictionnaire des superlatifs : "ne
coûte que 4000F pour des prestations qui se situent largement à cinq
fois cette valeur" et "timbres éclatants", "détails", "dynamique",
"précision"... Il faut rester raisonnable sur les prestations. En
effet, pour disposer du Wadia X32 contemporain du DUO BS et coûtant en
1990 dans le 20 000F (exactement la valeur du DUO multipliée par 5), il
faut reconnaître avantage au convertisseur en provenance des USA, et le
gap est encore plus important avec le Wadia X64, positionné à 40 000F.
Cela semble totalement dans l'ordre des choses (du porte-monnaie) et ne
rend pas pour autant le convertisseur français indigne d'intérêt.
D'autant qu'aujourd'hui, ces électroniques un peu oubliées se négocient
pour quelques billets.
S'il fallait comparer la comparaison par
rapport au Wadia X64 qui revenait environ donc dix fois plus cher à la
même époque, le Micromega n'a pas les mêmes arguments, mais il fait
davantage que se défendre. D'un côté, ce serait dommage de ne pas
entendre de différences, mais de l'autre il faut bien comprendre que le
Wadia ne "marche" toute de même pas dix fois mieux. Après avoir passé
plusieurs soirées de grand bonheur à écouter le DUO, je confirme (à
nouveau) que la bonne démarche ne consiste pas à comparer les dix
secondes d'un morceau en passant de l'un à l'autre appareil, mais ce
serait plutôt de se laver les oreilles pour les débarasser des
habitudes, et laisser les appareils s'exprimer sans a priori de prix,
de marque, de renom etc...
Il faut utiliser le Micromega sur son
entrée coaxiale pour en profiter pleinement, le son est plus "propre",
mieux défini et plus dynamique, plus agréable. Mon exemplaire a été
écouté avec comme source l'Onkyo 708 -ce qui fera rire les incrédules -
transfiguré par le module de sortie SPDIF fabriqué par Rémi et
hélas, un petit convertisseur mécanique pour connecter la BNC sur la
RCA (Rémi va hurler !). Puisque nous en sommes à la description du
matériel d'écoute, le préampli utilisé est un Audio Research SP14,
suivi soit d'un Marantz 140, soit de blocs monophoniques modernes et
onéreux hors sujet sur TVC.
Il faut retenir que la proposition
globale est très musicale, le convertisseur n'est jamais agressif, il
est neutre, avec un bruit de fond très reculé qui donne l'impression
d'une écoute détaillée et "facile".
On pourrait penser que le
grave est un petit peu tronqué, mais il me semble qu'il faut davantage
considérer cela plus comme une signature sonore propre au Micromega que
comme un défaut, une incapacité. La preuve, c'est que lorsque cela est
nécessaire, le grave arrive ! Mais en "dégraissant" ce registre, les
autres ne sont pas masqués, pas embourbés dans un grave traînant, mal
maîtrisé, approximatif. Cela doit certainement participer au sentiment
de lisibilité globale et de facilité d'écoute.
Idem pour la
dynamique. Le Micromega ne joue pas le registre de l'esbroufe.
Pourtant, l'écoute à faible niveau sonore en soirée, lorsque les bruits
de la ville se sont estompés, donne une bonne sensation de dynamique
générale, les écarts sont bien définis sans avoir à monter le volume
sonore. Et puis le DUO BS donne une impression de rapidité sur les
petits signaux : la micro-dynamique est bien restituée. Alors oui,
d'autres appareils pourront sembler plus démonstratifs ou vigoureux,
mais le petit boîtier donne davantage dans la neutralité et la rigueur.
En baissant encore le volume sonore, il est surprenant de constater que
l'on continue à conserver la lisibilité et la dynamique. C'est
franchement agréable de ne pas être obligé de "pousser" pour "entendre"
!
En proposant donc une dynamique rigoureuse, associée à un
recul du bruit de fond donnant l'impression de mieux entendre les
petits signaux, le Micromega propose une belle scène sonore en largeur
et en profondeur qui permet de positionner rigoureusement chaque
instrumentiste, à l'instar de ce que font les machines de grande
qualité.
Signalons au passage la qualité des timbres agréables,
loin de ce que proposait nombreuses platines de la même époque qui
semblaient, les disques passant, sonner toujours pareil. Le Micromega
donne de beaux timbres avec de la densité et de la matière, les
instruments s'incarnent, prennent vie dans la pièce.
En
conclusion, voici un convertisseur doté d'une proposition sonore qui
comblera les plus difficiles, toujours agréable, fin et détaillé et que
l'on ne pourra jamais trouver agressif. Voila donc un appareil idéal
pour améliorer la sonorité de nombreux lecteurs CD. Pardon d'évoquer
aussi cette possibilité, mais il faut savoir que le DUO BS couplé par
exemple a un carte son USB Terratec à 20€ permet d'accéder à "un son
Hifi" à partir d'un ordinateur, sans dépenser des fortunes, et bien
loin des résultats misérables que la plupart des cartes son intégrées
proposent... A moins d'utiliser le DUO BS derrière la sortie SPDIF d'un
boîtier Free ou Neuf...
Quoiqu'il en soit, il s'agit d'une
réussite du point de vue musicalité et d'une belle réalisation
technique, alors vu le cours actuel, pourquoi s'en priver ?
A
bientôt pour écouter le DAC avec quelques petites modifications : le
changement d'OPA devrait permettre d'étendre la bande passante dans le
grave et de gagner peut être en dynamique : c'est presque dommage, car
en l'état actuel le Micromega DUO BS est une petite merveille !
Deuxième session d'écoute
Après
une semaine d'écoute en compagnie de l'Onkyo modifié, le Micromega a
été utilisé avec le Teac T1 très modifié de Rémi, incorporant le module
SPDIF de course et le module d'horloge proposant un jitter 20x meilleur
aux mesures que l'horloge Selectronic. Le système était composé
d'éléments de qualité, et nous avons aussi utilisé le gros
amplificateur Setton BS 5500 recappé et dont les transistors ont été
changés par des ST Microelectronics tout neufs à la Datasheet
impressionnante.
Bien entendu toutes les bases d'une écoute de
qualité étaient présentées. Mais bien au delà des bases, le DUO BS
alimenté par le Teac T1 a donné des résultats d'écoute flamboyants. La scène
sonore en trois dimensions proposait d'entendre distinctement chaque
instrumentiste avec un focalisation très précise : aucun effort
d'intellectualisation était nécessaire, tout était positionné, aisément
audible et distinguable. Rémi, assez peu rompu aux séances d'écoute
indiquait "ressentir de l'air entre les instruments".
Sur
l'album Tacha du Trio Soma, la cymbale sonnait de mille manière
différente en fonction de l'impact de la baguette plus ou moins proche
de l'extérieur permettant de pleinement entendre toutes les subtilités
du jeu du batteur. Sur La Folia De La Spagna de Gregorio Paniagua, les
silences permettaient d'entendre les milliers d'oiseaux présents lors
de l'enregistrement dans le jardin du mas de Vert. Les instruments
d'époque étaient rendus dans toutes leurs acidités, et sur la plage
quatre, bien que prévenu, Rémi a fait encore un bond sur le BAAAAANG
terrible qui est utilisé pour provoquer l'arrêt cardiaque.
Scène
sonore donc, richesse de timbres, capacité dynamique... C'est le type
d'appareil qui échappe un peu à la grille d'analyse "bande passante
subjective" etc... pour produire de la musique !