La fin de la quête du GRAAL ?
Cette
page va être renseignée au fil des mois. Les enceintes Wilson Audio, en
particulier les Watts qui existent depuis tant d'années, sont si
particulières qu'elles pourraient alimenter des dizaines de pages.
Une anecdote en guise d'introduction
Michael
Fremer du magazine Stereophile interviewait en 1991 l'ingénieur du son Roy Halee
(Simon and Garfunkel, etc.). Dans sa maison du Connecticut Roy
pointait du doigt un système d'enceintes (monstrueuses) Infinity IRS et
expliquait : "Quand je veux écouter pour mon plaisir, j'écoute
celles-là". Ensuite il indiqua une paire de Wilson Audio, un des
premiers modèles de WATT/Puppys, dans un coin de sa grande salle
d'écoute : "Quand je veux écouter ce qu'il y a sur un enregistrement
que j'ai réalisé, j'écoute sur celles-ci."
Bien sur, à
l'époque Halee aimait les Infinity, et respectait les Wilson. Ce n'est
pas une surprise, car la concept initial des WATT (Wilson Audio Tiny
Toy) consistait à fabriquer une enceinte de monitoring de haute
précision et "portable". Or, les enceintes de monitoring sont concues
pour le respect de la musique, et non pas pour être aimées...
Les premières versions
des Watts étaient vendues seules, avec un pied optionnel dédié, ou bien avec un caisson de basses du marché... Jusqu'à ce
que le fabriquant du caisson disparaisse ! Tanné par ses clients,
Dave Wilson n'eut pas d'autre solution que de concevoir lui même sa
solution pour la retranscription des fréquences basses : le Puppie
était né.
Depuis
leur naissance, les Watts ont connu huit versions (les puppies ont
évolué aussi). Je dispose d'une paire de Watt 2 et de Puppies 1, et
j'ai souvent l'occasion d'écouter des Watts3 + Puppies3.
Un Non Compte-Rendu d'écoute
A
quoi bon faire un compte-rendu ? Pour ma part, j'enfilerai les
superlatifs comme des perles sur un colier. Au contraire de vous faire
part de mes impressions d'écoute, je vous invite plutôt a les écouter.
Correctement mise en oeuvre, c'est le bonheur.
Il y a une
quinzaine d'années, j'avais des enceintes décentes, du haut de gamme
français, avec un son assez doux et équilibré. A chaque fois que
j'avais l'occasion d'écouter les Wilson chez un oncle, je rentrais chez
moi sans avoir envie d'allumer ma chaine. Il y avait une telle
différence entre mes enceintes et les Watt, que j'avais besoin de
quelques jours de "décompression" pour à nouveau prendre du plaisir
avec un mon système.
Le pire, c'est que les copains de l'époque,
idiophiles eux aussi, en sont ressortis "contaminés". EA a fini par
s'en acheter une paire, et JS a fabriqué des clones (en attendant
mieux).
De l'amour ou de la haine
C'est
un fait : la Watt ne recueille pas tous les suffrages... Lorsqu'un
élément est particulièrement onéreux, il se trouve des personnes ravies
d'annoncer que "ça ne marche pas" : c'est une sorte de vengence facile,
un jugement de connaisseur qui explique que sa paire d'enceintes faite
maison avec des HP de récupération fonctionne mieux que des enceintes
qui coutent le prix d'une belle automobile. On peut répondre que la
pérénnité du concept depuis plus de vingt ans plaide en faveur de la
Watt, et au moins au titre de la curiosité il faudrait ne pas condamner
d'entrée ce que de nombreux grands professionnels semblent
apprécier.
Ceci dit, il faut bien l'avouer, j'ai déjà entendu des Watt très mal
fonctionner. Comme
tous les éléments de reproduction sonore, et peut être encore davantage
avec des enceintes conçues initialement pour le monitoring,
l'installation, le réglage et la mise en oeuvre ne sont pas à négliger. Pourquoi ? Tout simplement à cause de deux points
importants, les basses fréquences et les hautes fréquences ! En effet :
- la
capacité à descendre dans le grave et le niveau produit ne s'accordent
pas avec toutes les pièces : si l'enceinte met la pièce en résonnance, c'est une horreur !
- le
niveau dans le haut du spectre est très important : associée à une
mauvaise électronique agressive, la seule solution est de courir
jusqu'au disjoncteur.
Au sujet du haut du spectre, il est nécessaire de signaler que le haut-parleur utilisé (le tweeter quoi !) est le célèbre
focal à dôme inversé. La manière dont il est mis en oeuvre dans la Watt
(et en particulier dans la version 2) a ses tenants et ses détracteurs,
mais dans tous les cas ne laisse jamais indifférent.
C'est cette "signature" sonore qui va générer de la répulsion pour ceux
qui n'aiment pas, et qui plaira tant à Roy Halee - ainsi qu'à votre
serviteur - non pas parce qu'il s'agit d'une coloration agréable, mais
parce que l'on atteint un niveau de détail jamais délivré par aucune
autre enceinte dans cet encombrement et cette gamme de prix.
La
Watt montre très haut, avec beaucoup de niveau : une enceinte qui se
contenterai de cette propriété serait déséquilibrée. La Watt n'est pas
déséquilibrée car Dave Wilson a conçu les Puppies avec le même soin que
les satellites : le niveau dans le grave est très élevé, et bien que
l'enceinte ne descende pas très bas, elle descend tout de même avec du
niveau jusqu'à 50Hz environ, ce qui est totalement inaccessibles à
99,99% des représentant de la production des enceintes, et à 100% des
enceintes de même volume / encombrement au sol. C'est pour cela qu'il
faut prendre garde aux dimensions de la pièce d'écoute, pour que les
graves puissent se déployer correctement. C'est pour cela aussi qu'il
convient de préter attention à l'électronique associée. La Watt peut
fonctionner avec un ampli de 15W, à condition que les graves soient
correctement tenus. Mais ce qu'un Marantz 1030 des années soixante dix
réalise, n'importe quelle électronique moderne doit pouvoir le
réaliser, non ?
Encaissant sans
broncher 500 Watts, disposant d'un rendement correct de 92Db/1W, cette
"petite" enceinte accepte autant de fonctionner avec des électroniques
peu puissantes, qu'avec des monstros d'amplification. Le résultat est
que l'on peut les écouter dans une piéce de petit volume pour une
écoute intimiste (attention aux résonnances), avec un fourmillement de
détails qui surprendra l'auditeur non averti, et que l'on peut aussi
les écouter dans une grande pièce, disons 200m², sans qu'elles
soient à la peine, en train de saturer et de demander grâce à
l'auditeur.
La fin de la quête du Graal
Bien
entendu je sais (et j'indique avec franchise) que ces enceintes ne sont
pas du goût de tout le monde. Mais en toute honnêteté, que font la
plupart des audiophiles durant leurs premières années d'écoute ? Ils
achètent du matériel, changent, échangent, vont par monts et par vaux
écouter dans des salons, chez les copains, chez les copains des
copains, dans les magasins. Ils changent les câbles, les amplis, les
sources... Les enceintes... Ca y est ? Vous avez compris ? Oui, la Watt
n'est pas la meilleure enceinte du monde, c'est seulement une des
meilleures. Elle présente un ensemble de qualités qui n'existe dans une
autre enceinte de même faible encombrement, elle n'a pas
besoin d'une centrale électrique pour fonctionner correctement (15W
suffisent), elle surclasse en qualité de restitution pratiquement toute
la production passée, présente, et certainement future. Alors oui, une
fois que l'on a acquis une paire de Watts, la quête du Graal est
terminée. Pourquoi aller dans les salons, dans les magasins et ailleurs
pour écouter des enceintes et des ensembles qui n'arriveront jamais à
la cheville du système installé à la maison ? Pourquoi dépenser des
fortunes dans des électroniques qui ne pourront pas faire mieux que ce
que les enceintes proposent ?
Si vous en avez les moyens, je
vous invite à vous faire une faveur (et des économies sur les
électroniques, le câble, les déplacements) : trouvez une paire
d'occasion en bon état, arrêtez de courir les salons et écoutez de la musique.
Numérisation de la Nouvelle Revue Du Son : Mars 1990
Je sais que c'est parfaitement interdit, mais il me semble ne pas nuire à la NRDS en faisant cela.




